L’Ambassadeur de France Jean-François Dobelle a participé à Arctic Frontiers [no]

Suite à sa participation à Arctic Frontiers, l’Ambassadeur de France en Norvège, M. Jean-François Dobelle, tient ici à rappeler la position de la France sur les questions arctiques. Organisée à Tromsø du 23 au 27 janvier 2017, la conférence Arctic Frontiers est un forum majeur pour les discussions arctiques, au niveau politique, économique et scientifique."White space, blue future" était le thème de cette onzième édition.

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1. L’Arctique peut certes sembler éloigné de la France puisqu’il s’étend sur une zone située entre 2500 et 5000 km des côtes françaises et pourtant il est plus proche qu’il ne paraît de prime abord : d’une part, l’océan Arctique se présente comme le prolongement naturel de l’Atlantique Nord qui baigne la façade ouest de notre pays ; d’autre part, la France s’est affirmée au cours des deux derniers siècles comme une nation polaire, forte d’une tradition d’expédition, d’exploration et d’une présence scientifique permanente. Qu’il suffise ici de citer les noms de Jules Dumont d’Urville, de Jean-Baptiste Charcot ou de Paul-Emile Victor.

2. La France a été le premier pays à installer, dès 1963, une base de recherche scientifique dans l’archipel du Svalbard où elle partage une base permanente avec l’Allemagne à Ny-Alesund, la base AWIPEV, dotée d’un laboratoire de géophysique, de biologie et de chimie, pouvant accueillir jusqu’à 16 chercheurs. Elle dispose également d’une base annexe, la base Jean Corbel, à quelques kilomètres de Ny-Ålesund, spécialisée dans les mesures de l’atmosphère et de glaciologie, pouvant accueillir huit personnes en été.

3. La France se hisse en outre au 9ème rang des nations scientifiques en matière de publications scientifiques sur l’Arctique. Elle possède également de longue date une tradition scientifique reconnue au niveau international dans le domaine des sciences humaines et sociales relatives aux populations autochtones du Nord.

4. Du fait de son appartenance à l’Union européenne et à l’OTAN, la France peut être amenée à contribuer au maintien de la stabilité dans cette région puisqu’elle appartient au petit nombre des Etats capables d’intervenir avec des moyens significatifs à de telles distances. Après les rivalités que nous avions connues dans le contexte de la guerre froide, la région circumpolaire-Nord est de nouveau un enjeu de puissance. La France souhaite rappeler ici qu’elle participe régulièrement à la table ronde des forces de sécurité dans l’Arctique (Arctic Security Forces Roundtable), qui rassemble des représentants militaires des pays de la zone arctique et des pays extérieurs à la zone. Elle entend, par ailleurs, poursuivre sa participation aux exercices militaires et notamment à l’exercice multilatéral interarmées Cold Response organisé tous les deux ans par la Norvège, et maintenir une politique d’escale dans l’Atlantique Nord, de la mer de Norvège jusqu’au Groenland, en passant par l’Islande. En ce qui concerne les mers arctiques, la France réaffirme enfin son attachement, notamment pour ce qui concerne la liberté de navigation et le droit de passage inoffensif, au respect de la Convention sur le droit de la mer du 10 décembre 1982, qui constitue le cadre juridique dans lequel doivent être entreprises toutes les activités intéressant l’océan Arctique.

5. Mon pays attache également une grande importance à la protection de l’environnement marin arctique : elle a soutenu activement l’élaboration d’un Code polaire au sein de l’OMI, qui vient d’entrer en vigueur, et se félicite de l’adoption à Oslo, le 16 juillet 2015, d’une Déclaration concernant la prévention de la pêche non régulée en haute mer dans l’océan Arctique central. La France, aux côtés de la Commission européenne, entend faire valoir ses obligations et ses droits dans les discussions sur l’encadrement des futures activités dans l’océan Arctique central. A ce titre, l’accord en négociation sur la prévention de la pêche non réglementée en haute mer dans l’océan arctique prévu entre Etats côtiers et Etats utilisateurs potentiels est le premier accord de ce type dans cette zone, et la France soutient activement sa conclusion. La France suivra aussi avec intérêt les travaux de la Commission hydrographique régionale de l’Arctique de l’OHI.

6. La France, très attachée à la recherche sur les questions arctiques, comme l’illustre les développements des centres de recherche dédiés aux régions polaires, participe depuis 2000 en qualité d’observateur au Conseil de l’Arctique, à plusieurs groupes de travail au sein de ce conseil, ainsi qu’à plusieurs autres enceintes techniques et scientifiques. La France et les autres Etats observateurs ont désormais l’opportunité de mieux faire entendre leurs voix en amont des réunions annuelles du Conseil. C’est une chance, en tant que nation scientifique, ayant un intérêt en Arctique, de pouvoir promouvoir la coopération internationale et l’expertise scientifique française dans la région. A ce titre, nous sommes favorables à ce que les Etats observateurs du Conseil de l’Arctique soient davantage impliqués dans les discussions et les décisions relatives à la gouvernance de l’Arctique, à la hauteur des responsabilités qui incombent aux Etats utilisateurs potentiels de l’océan Arctique. L’UE devrait par ailleurs acquérir le statut d’observateur permanent au sein du Conseil de l’Arctique. La France rappelle également qu’elle dispose d’un statut d’observateur au sein du conseil euro-arctique de la mer de Barents dont l’UE est membre.

7. En vertu de leur souveraineté ou de leur juridiction sur de larges portions terrestres ou maritimes de l’Arctique, les Etats membres du Conseil de l’Arctique sont bien sûr en première ligne pour répondre aux défis auxquels l’Arctique est confronté. Le premier d’entre eux est, bien sûr, le réchauffement climatique qui y a été deux à trois fois plus important que la moyenne globale lors du dernier siècle et quatre fois supérieur au cours des trente dernières années. Comme on le dit souvent, l’Arctique est la sentinelle du changement climatique. La nature et l’échelle des enjeux en ce domaine comme en d’autres requièrent donc plus que jamais une plus grande coopération internationale.

8. La protection des océans est une nécessité dans la mesure où l’environnement marin arctique est un espace très sensible d’un point de vue écologique. L’exploitation économique des ressources et la navigation maritime entraînent des risques de pollution par des rejets de déchets ou d’hydrocarbures. Les Etats utilisateurs doivent aussi être les acteurs de la protection de l’environnement. Le thème « White space-blue future », retenu par Arctic Frontiers cette année, invite à remédier au manque de connaissance en ce qui concerne l’Océan arctique. Il est en effet primordial de favoriser le développement de la recherche dans la zone arctique, espace riche d’intérêts économiques et scientifiques.

9. L’Arctique doit rester une zone d’intérêt scientifique mondial stable, durable et prospère dans l’intérêt non seulement de l’UE et de ses Etats membres, mais aussi du monde en général. En effet, selon une formule consacrée, " ce qui se passe dans l’Arctique ne reste pas dans l’Arctique" et les conséquences du changement climatique qui sévissent dans la région circumpolaire-Nord sont déjà sensibles un peu partout à la surface de la planète. Notre récente feuille de route nationale pour l’Arctique, adoptée en juin dernier, réaffirme le haut niveau d’engagement de notre pays pour l’Arctique, sur les plans scientifique, environnemental, économique et stratégique. Elle réaffirme aussi notre attachement à un niveau très élevé de protection environnementale de ce patrimoine irremplaçable qu’est l’Arctique, laboratoire naturel majeur pour l’étude du changement climatique au niveau global.

publié le 30/01/2017

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