Remise de l’Ordre des Arts et Lettres à Lars Saabye Christensen

L’Ambassadeur de France, Chantal Poiret, a remis à l’écrivain Lars Saabye Christensen les insignes de chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres lors d’une cérémonie le 25 avril à la résidence de l’Ambassadeur, en présence du ministre norvégien de la Culture, Trond Giske. « Vous comptez parmi ces passeurs de culture qui participent à la meilleure connaissance de nos deux pays. Beaucoup parmi nous en France et ailleurs ont découvert la nouvelle littérature norvégienne grâce à vos écrits », a déclaré l’Ambassadeur dans son discours.

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Trond Giske, ministre de la Culture, a tenu un discours d’honneur en français.

Voici le discours de remise de l’Ambassadeur Chantal Poiret:

"Monsieur le Ministre, cher Lars Saabye Christensen et chers amis.

Je suis particulièrement heureuse de vous accueillir aujourd’hui pour un événement formel et amical également.

Nous sommes réunis autour de vous parce que la République française veut rendre hommage à l’homme Lars Saabye Christensen et à son œuvre.

Monsieur le Ministre, vous qui êtes grand amateur de littérature, c’est un honneur pour moi de récompenser en votre présence l’un de vos auteurs majeurs.

Lars Saabye Christensen, en 1984 sous l’emprise de la musique Rock, vous publiez votre roman «Beatles» .

Cet ouvrage vous propulse d’emblée au rang des grands auteurs norvégiens contemporains-oserais-je dire.

Le public norvégien vous adopte aussitôt la sortie de «Beatles».

Dès sa parution, sans conteste, «Beatles» connaît un vif succès et les librairies l’affichent comme un best-seller.

-  Les éditions Cappelen vous accordent leur Prix.

- Dagbladet élit Beatles comme étant le roman norvégien le plus marquant de ces 25 dernières années.

Ce succès est contagieux. Au-delà des montagnes et des fjords, «Beatles« remporte l’adhésion des lecteurs du monde entier avides de connaître la nouvelle littérature norvégienne.

«Beatles» est traduit en plusieurs langues et 200.000 exemplaires ont été vendus.

Fort de ce succès, Lars Saabye Christensen, vous vous lancez sans compter dans l’écriture de plusieurs autres romans qui seront aux aussi largement salués par la critique :

Sneglene / Les Escargots - 1987

Herman - 1988 Prix des critiques

Bly / Plomb -1990 Prix des Libraires.

Après cette frénésie d’écriture une pause vous est nécessite : une respiration s’impose!

Aussi, vous ne publierez votre roman suivant que 10 ans plus tard : mais quel roman, « Le Demi-frère » !

Puis-je partager avec vous l’idée que le temps ne compte pas lorsqu’on parvient à une telle qualité d’écriture, ou bien que le temps est nécessaire pour arriver à une œuvre aussi mature ?

Dans « Le Demi-frère », la grande délicatesse de votre écriture où tragique et comique se côtoient dans un climat de tendresse et de subtilité, ne peuvent laisser insensible. La profondeur de l’inquiétude métaphysique, du désarroi de l’humain face à sa condition ressort à travers la description du quotidien le plus banal. Quel bonheur, plus simplement, de redécouvrir notre quartier, puisque c’est celui de votre héros, dans ce livre comme dans Herman d’ailleurs.

La critique internationale vous encense à nouveau dès la sortie de ce livre.

Avec cet ouvrage vous décrochez encore une fois le Prix des Libraires puis le prestigieux Prix littéraire du Conseil nordique.

« Le Demi Frère » quant à lui est traduit en 25 langues et plus de 300.000 exemplaires sont vendus à travers le monde.

Cher Ami, nous ne sommes pas rassasiés, nous vous en demandons d’autres ! S’il vous plait.

Indépendamment du succès bien mérité que vous rencontrez, il y a en vous un homme généreux qui ne s’enferme pas dans son propre succès :

pendant plusieurs années aux éditions Cappelen vous avez soutenu avec énergie et enthousiasme une politique en faveur des jeunes auteurs.

Le temps de mon séjour, cela a été pour moi une très grande joie de découvrir: les polars de Nesbø, la série « le roman de Bergen » de Gunnar Staalesen qui nous apprend à connaître l’histoire contemporaine et l’évolution des mentalités. Mme Herbjørg Wassmo a eu avec Dina, qui décrit la dureté de la vie autrefois et l’âpreté des cœurs, une telle réussite que son roman est devenu un film à succès dans mon pays. Avec « le petit cheval » que vous m’avez offert, M. le Ministre, j’ai découvert Thorvald Steen. Je lis actuellement en français « l’apprenti » de Johan Bojer qui vivait en France et qui est le grand-père de M. Tore Godal, le Conseiller du Premier Ministre pour la santé. La littérature norvégienne est unique et si forte que la traduction ne la trahit jamais. C’est ce que je ressens en lisant ce livre actuellement.

Pourquoi décorer des Arts et Lettres un auteur qui s’exprime en norvégien, me direz-vous ?

Cher Lars Saabye Christensen, parce que vous comptez parmi ces passeurs de culture qui participent à la meilleure connaissance de nos deux pays.

Beaucoup parmi nous en France et ailleurs ont découvert la nouvelle littérature norvégienne grâce à vos écrits.

En France, tous ne parlent pas norvégien et si nous pouvons apprécier votre talent aujourd’hui, c’est bien grâce aux miracles de la traduction.

A cet égard, je partage volontiers l’adage d’Umberto Eco : « Aujourd’hui la véritable langue de l’Europe est celle de la traduction. En France trois de vos romans sont traduits par Jean-Baptiste Coursaud, aux Editions Jean-Claude Lattès :

Le Demi-frère - 2004

Herman - 2005 ,

et plus récemment votre dernier roman, Le Modèle

Aujourd’hui en effet la place de la traduction est déterminante. Cette année, quelque 30 ouvrages norvégiens seront traduits en français et à l’inverse une vingtaine d’auteurs français vont être publiés en norvégien. Ce n’est pas assez et je m’y emploie grâce à notre programme d’aide à la traduction développé par le Centre culturel français .

Par votre talent et l’œuvre de votre vie vous apportez une contribution majeure à la diffusion de la culture norvégienne. Vous êtes le successeur des grands classiques qui sont, en littérature comme dans les autres arts, le terreau sur lequel poussent les génies du présent. Ibsen est-il un classique ? Hamsun est-il un classique ? Vous pouvez être fier d’être le continuateur d’une littérature forte qui porte les angoisses éternelles de l’humanité mais aussi les interrogations de notre temps.

Cher Lars, au nom de la République française, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres."

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Trond Giske, ministre de la Culture, a tenu un discours d’honneur en français.

Lars Saabye Christensen a tenu son discours en français:

"Votre Excellence, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

Le grand honneur qui m’est fait aujourd’hui n’est pas une surprise, parce qu’une surprise est une chose à laquelle on s’attend. Je m’y attendais si peu que c’est au-delà d’une surprise banale et prévisible. Et c’est à moi, maintenant de me montrer digne de cet honneur.

La France a toujours occupé une place particulière dans ma vie et dans mes livres : en effet c’est à Paris en 1977 que j’avais écrit mon premier roman, « l’Amateur », pendant un voyage avec mon ami et collègue Jan Jacob Tønseth. Nous étions jeunes et romantiques, portions des pulls à col roulé, buvions du Calvados et habitions Rue de la Reine Blanche. Depuis, tous mes livres ont plus ou moins vu le jour en France : à Nice, à Arcachon, sur l’île de Ré pour ne citer que quelques endroits. La littérature française, la chanson française, le film français, Proust, Ferré, Tati - sources parmi tant d’autres - ont imprégné mes livres.

J’ai grandi dans ce quartier, tout près l’honorable demeure où nous nous trouvons, et il est bien possible que j’ai volé des fruits dans ce jardin même par une sombre soirée d’automne. Cela me donne à réfléchir : je suis un écrivain local. En effet, tout mon environnement, ma culture, mes images et mes références sont ici, dans le temps, dans l’espace et, bien sûr, dans ma langue. J’aime dire que non seulement j’écris norvégien, mais aussi la langue de Skillebekk (le skillebeqois).

Mais la littérature peut être une plus grande diplomatie et une autre discipline que la politique et la géographie. Car la littérature c’est, en effet, l’arme de l’individu, la seule et unique façon d’être de l’individu. La littérature est une terre sans frontières. La bonne littérature est à la fois locale et globale. C’est peut-être là que réside son rôle le plus noble : le partage des histoires, la reconnaissance réciproque dans les miroirs étranges et multiples du récit et de la poésie.

C’est pourquoi je remercie chaleureusement mon traducteur Jean-Baptiste Coursaud, je remercie tous les traducteurs, ces habiles diplomates de la langue qui rendent nos livres accessibles. Leur travail n’a pas de prix. Je remercie Cappelen, mais à cette occasion surtout J.C Lattès, ma fidèle maison d’édition en France, d’avoir osé miser sur un écrivain de Skillebekk. Merci aussi, au nom de plusieurs écrivains, à Norla. Vos efforts pour promouvoir la littérature norvégienne à l’étranger sont inestimables.

Enfin, et surtout, merci à Karna, mon épouse, qui m’a toujours soutenu et enseigne le français ici à Oslo (pour être honnête, elle m’a fait répéter ce discours).

Merci encore, en mon nom, mais aussi et surtout au nom de la littérature."

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Lars Saabye Christensen et son traducteur Jean-Baptiste Coursaud

publisert den 24/02/2014

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