Conférence de presse du Président de la République à l’issue du Sommet du G20 de Cannes
Vendredi 4 novembre 2011
Après deux jours de discussion très denses et une ambiance à la fois marquée par la gravité de la situation et la nécessité de l’unité de la communauté internationale, nous avons donc travaillé à la fois sur des enjeux de court terme pour réduire la portée des crises, et de long terme pour faire retrouver à l’économie mondiale le chemin de la croissance.
Je voudrais partager avec vous, en quelques mots, les trois messages du sommet.
Le premier concerne l’Europe, qui a tout mis en œuvre pour apporter une réponse crédible à la crise. Il était essentiel que l’Europe arrive unie au G20. Nous avons aussi le soutien unanime de nos partenaires et il me semble que nous avons progressé sur trois points essentiels dans la mise en œuvre de l’accord du 27 octobre.
Le premier point, c’est l’attitude ferme de l’Europe à l’endroit de la Grèce qui a suscité la prise de conscience collective indispensable des enjeux pour l’avenir de ce grand pays. Les conditions sont en train de se créer en faveur d’un consensus en Grèce sur l’accord du 26 octobre, et nous nous réjouissons beaucoup que l’ambiance aujourd’hui en Grèce n’ait rien à voir en cette fin de semaine avec ce qu’elle était en début de semaine dernière.
Deuxième élément sur la crise européenne, je voudrais saluer l’effort de l’Italie qui a pris les mesures nécessaires pour renouer avec la confiance, atteindre l’équilibre budgétaire dès 2013 et renforcer sa croissance. L’Italie est un pays essentiel de la zone euro, une des plus grandes économies du monde et je veux saluer la décision de l’Italie de faire appel à la Commission européenne et au FMI pour certifier les résultats atteints, sur une base trimestrielle, avec des résultats qui seront publiés. Ces évaluations étant naturellement rendues publiques.
Enfin, nous avons pris l’engagement de renforcer les moyens du FMI si le besoin s’en faisait sentir. Et nous avons mis en place les conditions pour atteindre cet objectif. Le FMI doit remplir son rôle de rempart contre le risque systémique, les ministres des Finances, lors de leur prochaine réunion au mois de février, ont comme instruction de déployer plusieurs options pour arriver au renforcement de ces moyens : allocation de DTS, prêts bilatéraux au FMI, comptes spécifiques au FMI. Nous n’avons pas tranché entre ces différentes formules, mais l’orientation est bien celle-ci : renforcement des moyens du FMI.
Deuxième message du G20, nous avons donc décidé d’utiliser toutes les marges de manœuvre pour soutenir la croissance. La situation est en fait beaucoup plus complexe qu’en 2009, il n’y a pas de réponse unique. Washington et Londres, c’était « relance tous azimuts ». Toronto, c’était « mesure de réduction tout azimut ». Cannes, c’est la différenciation des situations selon les pays et il est indiqué dans le communiqué final que les pays dont la situation budgétaire est solide, je pense à la Chine, je pense à l’Allemagne, ces pays feront jouer les stabilisateurs automatiques et sont prêts à prendre de nouvelles mesures en faveur de la croissance. Nous sommes donc sortis du statu quo de Séoul qui avait donné lieu, vous vous souvenez certainement, à une opposition entre les pays sur ce thème. Par ailleurs, les pays qui disposent d’excédents extérieurs importants s’engagent à augmenter la demande intérieure et à accélérer la flexibilité de leur régime de change afin de réduire à moyen terme l’accumulation de réserve de change. Vous voyez très clairement le grand pays qui a pris ces engagements et c’est une excellente nouvelle.
Enfin et c’est une grande novation, le plan d’action pour la croissance prend pleinement en compte la dimension sociale de la mondialisation. C’est la première fois que les pays du G20 et notamment les pays émergents, indiquent leur volonté de mettre en place des socles de sécurité sociale. Et par ailleurs, il y a un engagement de l’ensemble du G20 à dire que la protection sociale, le modèle social, le niveau de protection est favorable à la croissance et n’est pas contradictoire avec la croissance. Je crois que c’est la première fois qu’un sommet international affiche si clairement l’objectif qu’un haut niveau de protection sociale est favorable à la croissance.
Dernier point, des avancées fortes, me semble-t-il, sur les priorités de la présidence française, sur la régulation financière. Nous avons décidé de publier, enfin le Conseil de Stabilité Financière publiera aujourd’hui même une liste de 29 grandes banques systémiques internationales, dont nous avons décidé qu’elles seront soumises à des obligations de transparence et de régulation renforcée. Deuxième élément, la publication par le forum global de 11 pays que nous estimons être des paradis fiscaux : Antiga-et-Barbuda, La Barbade, Botswana, Brunei, Panama, Seychelles, Trinidad et Tobago, Uruguay, Vanuatu ne se sont pas dotés d’un cadre juridique adapté à l’échange d’information fiscale. Nous ne voulons plus de paradis fiscaux. Le message est très clair. Nous n’en voulons plus. Et les pays qui demeurant des paradis fiscaux, avec la dissimulation bancaire, seront mis au ban de la communauté internationale. Les choses ont beaucoup progressé, elles doivent progresser encore. Je précise que la Suisse et le Lichtenstein ne se sont pas qualifiés en phase deux tant qu’elles ne remédieront pas à certaines déficiences identifiées. La crédibilité de tous les engagements contre les paradis fiscaux, c’est la publication systématique, à chacun de nos sommets, de la liste des pays qui ne feront pas ce qu’il faut pour sortir d’un comportement inadmissible. Nous ne sommes pas décidés à tolérer cela. Je voudrais vous demander de vous souvenir qu’à Londres, il y a 3 ans, j’avais dû menacer de quitter la salle [si on ne publiait pas] une liste des juridictions non coopératives car à l’époque on ne prononçait même pas le mot « paradis fiscal ». Vous voyez quand même le progrès qui a été engagé.
Et enfin, nous avons décidé la réforme du FSB pour le transformer en véritable organisation mondiale de la finance. Personnalité juridique, autonomie budgétaire, possibilité de passer des accords avec d’autres organisations, élargissement de son comité de direction au trésor des grands centres financiers pour assurer la mise en œuvre des décisions du G20.
Sur le système monétaire international, c’est un chantier de long terme, quand la France l’a mis à l’ordre du jour, cela avait provoqué tout un tas de commentaires sceptiques. Aujourd’hui tout le monde considère que c’est le chantier des prochaines années. Nous avons donc fixé un cadre pour la gestion des flux de capitaux, le recours au contrôle des capitaux, et cela c’est très important, est désormais admis comme une mesure de stabilisation. Il y avait une erreur qui consistait à voir, à faire un parallèle, entre la liberté des échanges et la liberté de circulation des capitaux, le contrôle des capitaux peut s’avérer nécessaire et est reconnu comme une mesure de stabilisation.
C’est également la revue du panier du DTS en 2015, qui pourra accueillir de nouvelles monnaies. Le yuan est un candidat évident, compte tenu de l’engagement que j’ai noté avec satisfaction, de la Chine vers une convertibilité graduelle.
Réforme de la surveillance du FMI pour l’élargir à de nouveaux sujets : taux de change, flux de capitaux, effet de contagion ; on fait évoluer fortement les missions du FMI. Enfin, nouveaux instruments du FMI, ligne de liquidité à court terme pour faire face aux chocs systémiques.
Sur l’agriculture, c’est la première fois que la question agricole est à l’agenda du G20. C’était vraiment une question dont on ne parlait pas. L’augmentation de la production est essentielle pour nourrir la population mondiale. La transparence sur les marchés agricoles. Nous avons obtenu la régulation des marchés dérivés de matières premières. Il y a un accord pour réguler ces marchés et les acteurs de ces marchés pour lutter contre les abus de marchés et surtout pour donner le pouvoir aux superviseurs de fixer des limites de position pour éviter qu’un seul acteur puisse manipuler les cours, par des achats ou des ventes disproportionnés. Quand nous avons commencé avec Bruno LEMAIRE et François BAROIN nous ne pensions pas qu’on pourrait arriver à un tel résultat dans un sommet de cette nature. Enfin, les stocks communautaires d’urgence et l’interdiction des restrictions à l’exportation pour les achats de programmes alimentaires.
Sur le développement : financements innovants et infrastructure. Les financements innovants sont dans le communiqué final, avec une allusion, explicite, à la taxe sur les transactions financières. Il y a une volonté d’un certain nombre de pays de faire sortir les financements innovants et la référence à la taxe sur les transactions financières du communiqué ; ils s’y trouvent.
Où en sommes-nous sur le sujet ? Il y a maintenant un certain nombre de pays qui ont rejoint le combat de la France. Je rappelle que quand la France a engagé ce combat, la France était absolument seule. Aujourd’hui, à part la France, la Commission européenne, l’Allemagne, l’Espagne, l’Argentine, l’Union Africaine, l’Éthiopie, l’Afrique du Sud, le Secrétaire général des Nations Unies et le Brésil qui nous a dit son intérêt pour la démarche sont favorables au principe d’une taxe sur les transactions financières. Et le texte de la déclaration dit : le G20 reconnait les initiatives de certains des pays membres pour taxer le secteur financier à des fins diverses, dont une taxe sur les transactions financières pour soutenir le développement. Vous n’imaginez pas le combat que représente une telle taxe.
Que les choses soient très claires, la France considère que pour être au rendez-vous des enjeux du développement il faut des financements innovants, compte tenu de l’état de déficit de l’ensemble des pays. Et nous avons dit dans le communiqué que dans le rapport Bill Gates il y a un certain nombre de financements innovants et que chaque pays s’engage au moins à en prendre un dans l’ensemble des financements innovants.
Deuxième élément, nous considérons moralement comme absolument indispensable que les peuples du monde sachent que les acteurs financiers qui ont conduit le monde dans les travers que nous connaissons seront amenés à contribuer financièrement à la réparation des dégâts qui ont été créés. C’est ça, l’objet de la taxe sur les transactions financières.
Alors, le projet de la Commission européenne, qui est le seul projet concret sur la table et qui démontre la possibilité technique d’une taxe sur les transactions financières, sera soumis à la discussion à la table du Conseil des ministres et des chefs d’États de gouvernements dès le début de cette année. La France se battra pour que cette taxe devienne une réalité et la France considère qu’attendre que le reste du monde se dote d’une telle taxe n’est pas un argument suffisant pour refuser la mise en œuvre de cette taxe. Clairement nous allons tout faire pour nous appuyer sur les opinions publiques de chacun des pays pour aboutir à ce résultat.
J’ajoute que j’ai été heureux de la disponibilité de Barack OBAMA sur le principe de la contribution du secteur financier à la résolution de la crise. Ça ne va pas jusqu’à une taxe sur les transactions financières, mais sa disponibilité à envisager la contribution financière des acteurs financiers pour sortir de la crise.
Je vous rappelle qu’on partait d’une situation de blocage absolu et que, désormais, la taxe sur les transactions financières est un élément du débat et je l’espère qu’elle sera un élément concret de mise en place dès l’année 2012 d’un taxe.
Alors, il y a encore bien des choses à régler, notamment sur l’affectation du produit de la future taxe, mais c’est très intéressant parce que quand on débat de l’affectation du produit de la future taxe, c’est qu’on considère que le principe de la taxe a tellement progressé qu’il convient de débattre de l’affectation de son produit.
La France considère qu’une partie à définir importante majoritaire, totale du produit doit aller au développement.
Enfin nous avons eu un débat sur la gouvernance mondiale, avec un très bon rapport de David CAMERON.
